Dans une trentaine d’exploitations en Normandie des éleveurs ont vu naître des génisses de race normande… pour le moins surprenantes. Toutes présentent une particularité rare : elles possèdent six trayons fonctionnels. Une anomalie ? Une mutation ? Une évolution naturelle de la race ?
Les scientifiques interpellés sur les causes et les incidences
Alertée, l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’alimentation et l’Environnement) a décidé de se pencher sur ces cas. Les généticiens de l’unité de recherche en génomique animale évoquent une mutation spontanée, peut-être liée à une convergence de facteurs environnementaux et héréditaires. « C’est une occurrence extrêmement rare, mais ce n’est pas sans précédent dans le monde animal. La vraie question est de savoir si ces trayons supplémentaires seront fonctionnels au moment de la lactation, et si cela aura un impact sur la production, la qualité du lait et la santé mammaire », précise un chercheur à l’INRAE de Jouy-en-Josas.
Des questions très concrètes pour les éleveurs et le contrôle laitier
Au-delà de l’aspect scientifique, cette curiosité pose déjà des problèmes pratiques bien réels. Le contrôle laitier, pierre angulaire du suivi de la production en élevage bovin, pourrait en être perturbé. Si les six trayons se révèlent fonctionnels, cela impliquerait une traite plus longue, ce qui pourrait rallonger les temps de prélèvement et d’analyse lors des passages des agents de collecte de données. « Il faudrait adapter les protocoles, revoir la cadence des visites, et même envisager un doublement des flacons de prélèvement pour certains postes de traite », commente un responsable de Littoral Normand.
Quid de la santé mammaire ?
Avec plus de quartiers à surveiller, le risque de mammites ou de déséquilibres dans la traite pourrait augmenter, tout comme le taux cellulaire, indicateur clé de la qualité du lait. Des trayons mal drainés ou trop peu stimulés pourraient favoriser la rétention de lait, voire des infections.
Des robots de traite pris de court
Les installations automatisées, notamment les robots de traite, pourraient également être mises à mal. Conçus pour détecter et brancher quatre trayons, les systèmes actuels risquent d’être déroutés par une configuration à six. « Cela pourrait nécessiter un ré-étalonnage complet des bras robotisés, ou la programmation d’algorithmes capables d’ignorer les trayons surnuméraires ou de les traiter sélectivement. On n’en est pas là, mais c’est une hypothèse à ne pas écarter », estime un responsable technique d’un fabricant d’équipements laitiers.
Un témoignage qui en dit long
Ce fait rarissime nous est rapporté Jean-Marie CABILLAUD, éleveur laitier installé en Seine-Maritime. Ce passionné d’élevage a vu naître coup sur coup trois génisses de race normande présentant cette particularité pour le moins inattendue : chacune dispose de six trayons parfaitement formés et symétriques. Une singularité qui interroge autant qu’elle intrigue. « Quand la première est née, j’ai cru à une malformation isolée. Mais à la troisième, j’ai compris qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. Pour l’heure, les trois génisses poursuivent leur croissance paisiblement, sous haute surveillance. Je ne vais pas les vendre, je suis curieux de voir ce qu’elles donneront en première lactation. Et puis, si elles me sortent 40 litres par jour chacune, je veux bien m’y faire ! », sourit Jean-Marie.
Littoral Normand suivra de près cette affaire insolite… et peut-être annonciatrice d’un tournant dans l’évolution de la race normande.