La luzerne constitue une des légumineuses les plus aptes à produire un fourrage riche en matière azotée. Cette culture est aussi parmi les plus faciles à sécher (du fait de sa plus faible teneur en eau) pour une récolte en foin. Mais c’est également le fourrage le plus fragile en termes de tenue des feuilles sur la tige. Or, l’essentiel de la valeur alimentaire est concentré dans la feuille (jusqu’à 70 % des protéines, 75% des UFL et 90 % des minéraux).
Voici les résultats d’un suivi d’une chaîne de récolte sur une ferme en AB dans l’Orne et quelques pistes pour préserver la qualité du fourrage produit.
Les sources de pertes
Quand on parle de pertes, nous distinguons différentes causes (Tableau 1).
Les différentes étapes de la récolte d’une luzerne engendrent des taux de perte, par rapport au rendement sur pied, qui ne sont pas équivalents selon les pratiques (Tableau 2).
3 analyses ont été réalisées au cours de la chaîne de récolte :
- 1 : après la fauche – en vert, afin d’avoir la valeur de départ,
- 2 : à la fin des passages de fanage et andainage – avant pressage en bottes rectangulaires,
- 3 : à la sortie du séchoir.
Le taux de matière sèche initial tourne autour de 20%, et arrive à 73 % en moyenne avant mise en bottes pour aller au séchoir. La phase finale de séchage en séchoir a permis de gagner 15 % de MS pour atteindre 88 % en moyenne (Graphique 1)
La teneur en protéines a subi une forte érosion durant la phase de séchage au champ (Graphique 2). La MAT a été divisée par 1,5 en moyenne, avec une perte d’autant plus forte que la richesse en luzerne et la teneur en protéines étaient élevées au départ. Ce qui corrobore le fait que plus la parcelle est riche en luzerne, plus la perte de feuilles a été importante.
Les teneurs en cellulose et la digestibilité viennent confirmer la perte des feuilles au fanage / andainage (Graphique 3). L’augmentation du taux de cellulose, qui progresse de 20 %, fait chuter la digestibilité de 18 %, traduisant là aussi l’augmentation de la proportion de tiges dans le fourrage. La valeur énergétique s’en trouve ainsi dépréciée, passant de 0,94 à 0,1 UFL en fin de séchage au champ.
Nous voyons très clairement au travers de cet exemple : même si une luzerne est fauchée avec une bonne valeur de départ, les pertes au champ peuvent être redoutablement préjudiciables et aboutir à un fourrage décevant par rapport à son potentiel nutritif.
Pour limiter les pertes de feuilles entre la fauche et le pressage, qui sont les plus fortes, il est important de mettre en œuvre, quand cela est possible, les pratiques suivantes :
- Dans la mesure du possible, éviter les conditionneurs et notamment les conditionneurs à fléaux, particulièrement dommageables sur la richesse en feuille ;
- Pratiquer un premier fanage en douceur le plus rapproché possible de la fauche, réalisée préférentiellement le matin ;
- Réaliser les fanages suivants de préférence le matin de bonne heure, en limitant leur nombre au strict minimum ;
- Préférer des retournements d’andains en douceur au fanage quand le fourrage a commencé à disséquer ;
- Privilégier le pressage de gros andains, afin de limiter le temps de rotation dans le round baller. Les pertes sont inférieures avec le pressage en balles carrées à haute densité. Les plus élevées sont observées avec des round-ballers à chambre fixe.
Les conclusions du suivi de la chaîne de récolte
La luzerne est un levier majeur d’amélioration de l’autonomie protéique des élevages de ruminants bio mais à condition de préserver la valeur alimentaire, en danger au moment de la récolte. Cette série d’analyses aux étapes clés de la récolte du foin de luzerne montre très clairement l’impact du travail du fourrage au champ sur la valeur finale. Tout se passe au champ et la phase finale en séchoir permet très certainement de préserver la valeur, en stoppant la chute des valeurs alimentaires..
Pascal BISSON
Consultant Nutrition en Systèmes bio et herbager